Nous l'avons vu dans l'article précédent dédié à l'économie, Pierre-Joseph Proudhon veut remplacer un système basé sur la théorie d'Hobbs selon laquelle il faudrait un chef, un monarque qui remettrait de l'ordre en exerçant un pouvoir absolu. Proudhon veut renverser cette pyramide : il s'agit d'un ordre dans lequel ce serait dorénavant la base de l'humanité qui déciderait de son destin.
Proudhon part de l’économie – étant la base du système social – pour s’attacher à comprendre et à s’opposer au système politique de son temps.
Une proposition contre le système communiste autoritaire
Proudhon fait d’un constat en s’opposant, dès le départ, au système communiste autoritaire, système qui pourrait être proposé pour résoudre les problèmes et contrer sa propre position. Proudhon s’oppose au communisme d’État tel que, un peu plus tôt, Etienne Cabet – un communiste français – l’avait proposé dans son livre « Voyage en Icarie ».
Proudhon considère que le système communiste rejoint le système capitaliste dans la mesure où quelques individus – voire un seul – s’attribuent le droit de savoir ce qui est bien, ce qui n’est pas bien et le droit d’exercer le pouvoir. Proudhon anticipe les critiques qui seront faites plus tard au léninisme ou au stalinisme par exemples. Pour rappel, Marx n’a pas connu la mise en place du système qu’il proposait.
Proudhon critique la démocratie parlementaire
Proudhon va critiquer toutes les formes politiques qui ont été appliquées jusqu’à son époque, que ce soit le jacobinisme ou bientôt le bonapartisme sous la forme du Second Empire (l’Empire autoritaire mis en place par Napoléon III). Proudhon a connu la démocratie parlementaire puisqu’il a été député au moment de la révolution de 1848. Il a siégé à l’Assemblée nationale et il en est sorti complètement « dégoûté ». Proudhon explique qu’il suffit d’avoir siégé quelques temps à l’Assemblée nationale pour se rendre compte que ceux qui sont censés représenter la population ne connaissent strictement rien de la vie quotidienne des Français de leur temps.
Son combat sera de se battre contre toutes les formes de gouvernement et contre toutes les formes d’État, puisque le principe même du gouvernement et le principe étatiste contiennent inévitablement – même sous leur forme parlementaire – une composante très importante d’autoritarisme. Selon Proudhon, la notion de représentation nationale est en fait un concept qui n’est là que pour justifier le pouvoir d’une oligarchie.
La solution de Proudhon : le fédéralisme
Pour Proudhon le pendant du mutualisme, qui était la solution en matière économique, sera le fédéralisme en matière politique. Comme pour le mutualisme qui est un compromis entre les intérêts de la collectivité les intérêts de l’individu, il s’agit également d’un compromis cette fois entre l’autorité et la démocratie dans son sens véritable, dans son sens plein où la liberté est l’expression ultime de la volonté individuelle, populaire et collective.
Au lieu de construire le système politique d’en haut comme cela se fait dans un système dans un état traditionnel, où le Parlement se réunit et établit une constitution entre quelques centaines de membres qui sera appliqué du sommet jusqu’à la base, le système fédéral est l’inverse. Proudhon propose de retourner la pyramide. Dans le système qu’il propose, c’est au niveau de la base que tout doit se construire.
Les communes, pas dans le sens d’entité administrative
La base pour Proudhon ce sont les communes. Le mot ‘commune’ ne doit pas être entendu dans le sens d’entité administrative comme nous l’entendons aujourd’hui, les communes font partie intégrant du système étatique. Les communes – comme entités administratives – sont le rouage premier du système qui permet de monter jusqu’au niveau du gouvernement central ou fédéral.
Pour Proudhon, les communes sont des cellules de base, des assemblées qui peuvent être territoriales – mais pas obligatoirement – où tous les individus qui sont concernés participent à la décision et peuvent décider entre eux, donc au sein d’une commune de passer des alliances, des traités avec d’autres cellules, d’autres communes qui souhaiteraient également travailler ensemble.
Le système fédéraliste est donc un système où la liberté des individus et des communautés est mise en œuvre et où, de proche en proche, on peut remonter par associations successives à ce que Proudhon appelle une fédération, donc une fédération d’ensemble de communes. Voilà la solution qu’il propose sur le plan politique.
Conclusion
Donc on ne peut pas dire que l’anarchisme telle qu’elle est considérée par Proudhon soit un système radical. Évidemment pour son époque, il est tout à fait radical bien entendu. Mais quand on considère les choses du point de vue de Sirius – et même pas du point de vue de Sirius (Considérer les choses du point de vue de l’éternité, avec largesse, générosité, bienveillance) – on voit bien que Proudhon essaie d’avancer à petit pas quelque part. Mais je crois qu’il y croit véritablement.
Après le capitalisme, après le système autoritaire de gestion de la vie politique, il reste un troisième ennemi pour Proudhon : la religion catholique, donc l’église.