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Proudhon : l’anarchie positive face à la concurrence et au capitalisme

Proudhon va tirer un système politique qu'il va appeler l'anarchie. Pierre-Joseph Proudhon veut prolonger le système positiviste que met en place dans les années 30 Auguste Comte, système qui s'appliquait aux sciences aux sciences naturelles et aux sciences exactes. Pierre-Joseph Proudhon veut prolonger ce système aux sciences humaines : le droit, la philosophie, l'économie, l'histoire.
Proudhon (1809-1865) estime que l'humanité est en voie de sortir de l'âge obscur dans lequel elle se trouvait. Avoir passé par une phase théologique et une phase métaphysique, humanité s'engage dans une voix positive, c'est-à-dire une voix où dorénavant on pourra comprendre le monde non plus à partir d'explications divines ou d'explications animistes, non plus à partir d'explications de type théologiques ou métaphysiques, mais à partir de l'observation systématique des phénomènes pour essayer d'en tirer des lois. Les sociétés, elles aussi, peuvent être analysées scientifiquement pour essayer de dégager des relations invariantes entre les phénomènes humains.

Proudhon est un intellectuel de la première moitié du 19e siècle fortement héritier, comme Auguste Comte, et héritier par le siècle des Lumières. La raison est un élément important de sa théorie.

L’anarchie positive : renverse la pyramide

L’anarchie dont parle Proudhon est une anarchie positive. Les termes mêmes d’anarchie positive et d’anarchie négative se trouvent sous sa plume. L’anarchie négative est le système social du monde de son époque au 19è siècle : un monde où tout est laissé entre les mains des puissants et où il n’y a pas véritablement d’organisation sociale. C’est un petit peu le monde que Thomas Hobbs avait décrit au milieu du 17è siècle dans lequel les individus vivent de manière désordonnée, ils ne parviennent pas à s’entendre entre eux. La théorie d’Hobbs repose, entre autres, sur le fait qu’il faut un chef, un monarque pour remettre de l’ordre en exerçant un pouvoir absolu.
Face à cette anarchie négative, dans laquelle ces contemporains vivent à l’époque (première révolution industrielle) dans laquelle les ouvriers vivent dans des conditions extrêmement pénibles et se font exploiter par le patronat dans le cadre du capitalisme, Pierre-Joseph Proudhon veut donc remplacer cette anarchie négative par un système nouveau, une nouvelle anarchie : une anarchie positive. Il s’agit d’un ordre dans lequel ce serait dorénavant la base de l’humanité qui déciderait de son destin sur des bases rationnelles.

Pierre-Joseph Proudhon va prendre le contrepied de cette position en montrant que le monde dans lequel il se trouve – le monde économique, le monde social, le monde politique – est une véritable pyramide qui repose sur sa pointe, et qui est donc destiné à s’écrouler. Il y a trois domaines qui successivement vont être étudiés par Proudhon : d’abord l’économie, ensuite le domaine de la politique, et enfin dans un 3ème temps, l’organisation idéologique. Ces trois domaines correspondent à des ouvrages publiés successivement. Proudhon va analyser la situation de son temps et proposer des remèdes. Il veut combattre la société dans laquelle il vit, le système social dans lequel il vit, et veut proposer donc des solutions.

Il y a deux angles d’attaque du système économique que Proudhon vise plus particulièrement : le système de la propriété et le système capitaliste.

Le système de la propriété

Proudhon écrit un ouvrage en 1840 qui s’intitule « Qu’est-ce que la propriété ? ». Cet ouvrage va lui assurer une grande popularité et du succès sur le plan éditorial, sur le plan de la lecture mais va être le point de départ de toute une série d’ennuis qui émailleront son existence. Proudhon va être enfermé, exilé. Il aura une vie extrêmement pénible et finira dans la pauvreté.

Proudhon démonte le système de la propriété en expliquant que « la propriété : c’est le vol » parce que la propriété comprend deux notions – notions qui remontent au droit romain :

  • l’ousousse c’est-à-dire l’usage – que l’on peut traduire par la possession
  • l’aboussousse c’est-à-dire le droit de pouvoir faire tout ce que l’on veut du bien que l’on possède, c’est-à-dire la propriété au sens où on l’entend classiquement. Proudhon parle d’« aubaine ».

Autant Proudhon considère que la propriété dans son sens étroit de possession, d’usage est quelque chose qui doit être tout à fait accepté. En revanche, l’aboussousse c’est-à-dire le droit de pouvoir faire pour le propriétaire ce qu’il veut de son bien doit être condamné et doit être aboli. En effet les propriétaires qui possèdent des biens ont le droit, à son époque, non seulement d’utiliser les machines qui leur appartiennent mais aussi de pouvoir fixer les loyers, loyers excessifs pour les locataires.

Pour lui c’est du vol parce que la propriété résulte d’un travail collectif. Le propriétaire est un copropriétaire de son bien avec toute la société. Par conséquent, son bien ne lui appartient pas en propre. C’est un bien collectif, que le propriétaire s’est approprié, justifié en cela par un droit qui n’est que l’expression d’un rapport de force.

Le système du capitalisme

Le capitalisme n’est pas la solution parce que la légitimation du capitalisme par l’idéologie libérale, donc le libéralisme, ne tient pas la route d’un point de vue rationnel (importance du rationalisme dans la pensée de Proudhon). Proudhon combat la distinction qui est faite par l’économie classique de son temps entre valeur de d’usage et valeur d’échange.

Proudhon combat aussi les notions de monopole et de concurrence. La concurrence, à ses yeux, loin d’être un phénomène stimulant pour les acteurs économiques est en effet tout à fait biaisé dès le départ. La concurrence étouffe véritablement ceux qui n’en ont pas les moyens, et très rapidement, la concurrence débouche sur un paupérisme généralisé, d’autant plus que cette concurrence à un moment donné disparaît au profit de la deuxième notion qu’il combat : celle du monopole. Le monopole, loin de permettre une égalité des prix et donc un accès facilité des consommateurs au bien, bien au contraire conduit à un renchérissement des prix, renchérissement des prix qui ne peut qu’accentuer lui aussi donc le paupérisme.

La solution de Proudhon : le mutualisme

La solution dans la société nouvelle qu’il appelle de ses vœux est le mutualisme en matière économique et sociale. Le mutualisme est une théorie, c’est même une application, selon laquelle ceux qui vivent dans la société mettent en commun leurs biens, leurs revenus. Ce n’est pas sous la forme d’un communisme -comme développé par Bakounine ou par Kropotkine. Cette mise en commun conduit à un échange égal entre les biens de telle manière que l’on va échanger produits contre produits. Pour éviter la spéculation, Proudhon propose la disparition d’argent et la création d’une banque du peuple qui prêterait à taux zéro, sans intérêt.

C’est une solution intermédiaire entre d’une part la collectivité et le principe individuel. Proudhon est aux origines de l’anarchisme en France et n’a pas du tout les positions radicales qui suivront par la suite chez des révolutionnaires comme Bakounine, Kropotkine, Malatesta et d’autres. Proudhon se verra reprocher de proposer un anarchisme petit bourgeois qui s’intéresse aux classes inférieures de la société mais peut-être pas suffisamment au prolétariat dans son ensemble. De même, ses théories sont considérées comme utopiques puisqu’il refuse l’autoritarisme pour résoudre les problèmes.

Proudhon part de l’économie ce qui constitue la base du système social, il s’attache ensuite à comprendre et à s’opposer au système politique de son temps.

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