Il reste un troisième ennemi de Proudhon : après le capitalisme, après le système autoritaire de gestion de la vie politique, c'est la religion catholique : l'église. Pourquoi s'attaque-t-il à l'église ? Parce que l'église, à ses yeux, constitue l'allié objectif d'une part du capital et d'autre part de l'État.
L’église soutient le système hiérarchique et soutient la monarchie absolue. En effet en 1832, Grégoire XVI publie son encyclique Mirari vos. Dans celle-ci le pape écrit que :
« l’expérience nous l’atteste. L’antiquité la plus reculée nous le montre. Pour détruire les États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, il a suffi de la seule liberté immodérée des opinions, de la licence des discours et de l’amour des nouveautés. A cela se rapporte la liberté la plus funeste, la liberté exécrable pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains osent avec tant de bruit et tant d’instances demander, tendre partout, nous voulons [moi le pape Grégoire 16] nous voulons dire la liberté de la presse et de l’édition. »
L’expérience nous l’atteste. L’antiquité la plus reculée nous le montre. Pour détruire les États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, il a suffi de la seule liberté immodérée des opinions, de la licence des discours et de l’amour des nouveautés. A cela se rapporte la liberté la plus funeste, la liberté exécrable pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains osent avec tant de bruit et tant d’instances demander, tendre partout, nous voulons [moi le pape Grégoire 16] nous voulons dire la liberté de la presse et de l’édition.
On comprend très bien que pour Proudhon l’Église constitue évidemment un ennemi majeur à côté du capitalisme et à côté de l’État puisque l’église justifie l’oppression de la population, du prolétariat en particulier puisque la liberté d’expression est interdite.
En 1864, le successeur Grégoire XVI, le pape Pie IX, publie son fameux qui est un recueil de 80 propositions condamnées par le Saint-Siège. On peut lire au titre 7, la proposition 63 qui est donc condamné, ce que combat le pontife :
Il est permis de refuser l’obéissance au prince légitime et même de se révolter contre eux.
Pour Proudhon l’Église constitue un ennemi majeur à côté du capitalisme et à côté de l’État puisque l’église justifie l’oppression de la population, du prolétariat en particulier puisque la liberté d’expression est interdite.
Tout système pour pouvoir fonctionner a besoin de l’adhésion des masses. Pour l’anarchiste qu’est Proudhon, l’Église catholique et le Saint Siège constituent un ennemi tout à fait majeur et tout à fait explicite. En effet, l’Église catholique contrôle en grande partie l’appareil idéologique de la société.
La grâce de Dieu et exclusion si non respect du commandement divin
Dans la première moitié du 19e siècle, l’église catholique a un poids considérable en France. L’église constitue le cœur du système puisqu’il permet de justifier les autres composantes de la société bourgeoise dans laquelle Proudhon vit.
L’église, par sa doctrine qui place au centre des écrits la notion de péché originel, culpabilise l’individu et l’empêche d’exercer pleinement sa liberté individuelle. L’église met également en avant la notion de grâce (chez les Catholiques) et la notion de prédestination (chez les Protestants). La grâce est accordée par Dieu. Ce n’est pas l’individu qui trouve sa liberté en lui-même, dans la société ou dans les rapports avec les autres êtres humains. C’est Dieu qui détermine si oui ou non les individus feront partie des élus.
Le Calvinisme a mis au cœur de sa doctrine cette notion de de prédestination. Chez les Catholiques, c’est Dieu qui directement et uniquement détermine votre destin. Les œuvres – ce que les individus font pour accéder au Paradis – interviennent à côté de la volonté divine, donc la divine Providence. Qu’il s’agisse du catholicisme ou du protestantisme dans sa composante calviniste, l’être humain n’est pas libre véritablement de son destin.
Dans la Genèse, il apparaît que Adam et Ève sont chassés du Paradis par Dieu puisqu’ils ont péché. Ils n’ont pas respecté les commandements divins. Pour vivre et survivre, ils doivent travaille. Autrement dit, l’Ancien Testament considère le travail comme une punition. En effet dans l’Eden, l’être humain n’avait à se soucier de rien. C’était un âge d’or où tout était donné.
Pour Proudhon, cette succession d’éléments (théorie de la grâce, péché originel, malédiction du travail) constituent un frein pour le progrès de l’humanité et constitue véritablement un obstacle au plein épanouissement de l’être humain et à sa capacité à exercer sa liberté.
L’église : main mise sur l’enseignement donc de propagande pour Proudhon
Il se fait que l’Église catholique dispose de moyens importants.
L’enseignement est évidemment un outil intellectuel de propagande aux yeux de Proudhon. Il montre que cet enseignement est tout à fait rétrograde parce qu’il distille dans l’esprit des jeunes élèves l’idée que le monde a été fait par Dieu, une fois pour toute, et qu’il n’y a pas moyen de changer. L’Église a donc une position très clairement conservatrice et constitue donc un obstacle à la société que Proudhon appelle de ses vœux.
Conclusion
Proudhon est le premier théoricien de l’anarchisme. Il a frayé une voie essentielle. Proudhon a déblayé un chemin tout à fait remarquable pour les anarchistes. Le fait qu’il est abordé d’abord le problème économique via deux angles celui de la propriété qui effectivement constitue le cœur de notre système social depuis la révolution néolithique :
- qu’il se soit attaqué au capitalisme en montrant que le capitalisme est un système anarchique du point de vue négatif ;
- en attaquant ensuite dans un deuxième temps l’État sous ces différentes formes : communisme autoritaire et d’autre part ce que l’on appelle enfin le républicanisme et ce que l’on appellera plus tard la social-démocratie ;
- en attaquant enfin le la caution idéologique du libéralisme et du système hiérarchique social très fixe qui était en place en attaquant donc l’église.
Proudhon a fortement influencé des auteurs révolutionnaires : Marx, Bakounine qui est pratiquement son contemporain et Kropotkine qui appartient à la génération suivante. Karl Marx (surtout Engels) légitimise le recours à la violence pour accoucher l’histoire. Il n’en demeure pas moins que Proudhon reste entaché aux yeux des révolutionnaires purs de cet esprit peut-être un peu petit bourgeois dans la mesure où il cherche des compromis dans sa vision d’harmonie, de justice de la société et qu’il n’est pas assez radical.